Mur un jour, mur toujours

Mur un jour, mur toujours

18 / 05 / 2026 - Sofia

En allant voir des fresques centenaires, décollées par morceaux à cause de l'érosion des murs, je me suis aperçue que l'histoire ne change pas certaines choses, que certaines lois restent immuables. Comme le fait qu'un dégât des eaux demande d'assainir sérieusement les murs avant de vouloir les recouvrir de nouveaux matériaux.

Début des travaux - murs de ma cuisine

Aujourd'hui on commence les travaux ! Place à Pétro el Bricolo. En fait, c'est un peu le deal avec ma proprio pour que je ne paye pas cher mon logement en centre-ville (genre, vraiment, la somme est dérisoire) : je fais des petits travaux de rénovation pour payer pas cher. Globalement, c'est comme ça que j'ai toujours négocié des logements pas chers, ou des échanges de service. Pour l'anecdote, j'ai même pu faire une traversée gratuite de la baie du Mont Saint-Michel avec un groupe de plus de 30 scouts pour exactement : 0, 00 €. Comment ? Bah, j'ai négocié avec le guide : on vous rend service dans votre ferme pendant un après-midi et vous, vous nous faites la traversée gratuite le lendemain. Franchement, les gens sont plutôt preneurs de ce genre de deal qui met tout le monde d'accord. Revenons-en à nos moutons ! Me voici en train de poncer les cloques causées par le dégât des eaux et poser de l'enduit dans toutes les fissures des murs et du plafond (disclaimer : il y en a PLEIN).

Boyana's church - fresques murales centenaires

Pendant que tout mon bazar est en train de sécher jusqu'à demain, me voici partie en excursion culturelle à l'église de Boyana. Il s'agit d'une petite église située au coeur d'un parc, au pied d'une montagne, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les photos de l'intérieur sont interdites, malheureusement, comme dans quasi toutes les églises que j'ai pu visiter ici. C'était la journée nationale du musée donc c'était cool parce que j'ai pu avoir une visite guidée gratuite et plein de réponses à mes questions. C'est un bâtiment qui date du 11e siècle. Quand on entre dans l'église, il y a une première pièce assez large puis il y a une seconde pièce, constituée d'une nef principale et d'un dôme dans une partie un peu plus enfoncée, avec température et entrées contrôlées pour préserver les fresques qui sont extrêmement anciennes. Ce qu'il y a d'intéressant,  c'est qu'il y a eu plusieurs couches de fresques qui ont été superposées les unes après les autres, par dessus les précédentes, au cours des siècles. 

Au XI° siècle il y a eu des premières fresques. Au XII° siècle, une deuxième couche de fresques a été  appliquée sur la première avec une couche de ciment assez épaisse. Puis il y a eu une troisième couche de fresques qui a été ajoutée au cours du XIII°, également avec une couche de ciment relativement épaisse. La majeure partie des fresques que l'on peut voir datent donc du XIII° siècle. Mais à certains endroits, les couches les plus tardives sont tombées par morceaux et on peut deviner l'évolution du visuel de l'église.

Certaines fresques sont mieux préservées que d'autres. Plusieurs du XI° siècle, notamment dans l'espace principal, étaient encore extrêmement bien conservées malgré les deux couches de fresques superposées par-dessus. Détail amusant qui m'a marquée : en entrant dans l'espace préservé, sur le mur de gauche (dans l'angle qui revient vers l'entrée) on distingue d'abord un personnage difficile à identifier, car la fresque du XI° siècle est à cet endroit assez abîmée. Au XII° siècle, une image du Christ y fut peinte, puis recouverte à son tour par une représentation de saint Nicolas. Une partie de Saint Nicolas est tombée, laissant découvrir le Christ, dont une partie est aussi tombée. Ce qui est remarquable, c'est que les corps se superposent exactement, comme s'il s'agissait d'un seul et même personnage : on se retrouve ainsi avec une figure hybride, mi-Christ, mi-Saint Nicolas, mi-non indentifié.

Quelques éléments de contexte méritent d'être mentionnés. Cette église ne fut pas convertie en mosquée lors de l'invasion ottomane, car elle faisait partie d'une forteresse appartenant à une famille, située non pas dans Sofia mais dans un village voisin. Il ne s'y tenait ni messe ni cérémonie ; c'était une chapelle strictement privée. Ses propriétaires avaient envisagé d'en faire leur tombeau mais le projet ne se concrétisa jamais. C'est seulement au début du XIX° siècle, après la libération de l'Empire ottoman, que la chapelle fut transformée en église de village. Le bâtiment est aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, ce qui n'est pas rien, d'autant qu'il se trouve presque caché, à l'écart de tout.

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